Le 12 décembre dernier, avait lieu la 3ème consultation prévue par l’Accord de Nouméa. L’État français a imposé la date, malgré la situation sanitaire et la période de deuil ; en dépit aussi, de l’engagement qu’il avait pris de l’organiser après les élections présidentielles et législatives françaises. Les mouvements Kanak et anticoloniaux s’étaient rassemblées dans un Comité stratégique des indépendantistes de non-participation. Comme le relevait le collectif Solidarité Kanaky1 dès le résultat connu : « Tout le monde savait depuis des semaines que la population Kanak, la première concernée, n’y participerait pas. C’est ce qui s’est passé : globalement, le taux de participation a chuté de moitié, passant de 85,69% à 43,9% ; dans la province des Îles, il est de 4,5%, dans celle du Nord de 16,6%. Dans ces conditions, les 96,5% de Non à l’indépendance n’ont guère de sens. Cela n’a pas empêché Macron, dans son discours d’après referendum, de présenter cela comme “le choix de la population de Nouvelle-Calédonie”. »
L’Etat français poursuit dans cette voie : « La militante pro-Nouvelle-Calédonie française, présidente de la Province Sud, est nommé secrétaire d’Etat à la citoyenneté : une provocation ! Fâché que le Forum du Pacifique des 11 au 14 juillet 2022 ait émis “de sérieux doute sur la légitimité du résultat du référendum qui ne s’est pas tenu dans l’esprit de l’accord de Nouméa”, Gérald Darmanin a annulé le 17 juillet son déplacement prévu en Kanaky. A la place, le ministre a convoqué un comité des signataires de l’Accord de Nouméa en septembre à Paris “afin de clôturer le cycle des référendums et d’engager les discussions sur l’avenir de l’archipel au sein de la République française”. »2 Face à cela, l’unité des indépendantistes se renforce. Le Comité stratégique des indépendantistes (CSI) regroupe le FLNKS (Front de libération national kanak et socialiste), le Parti travailliste (PT), le Mouvement nationaliste pour la souveraineté de Kanaky (MNSK), la Dynamique unitaire Sud (DUS), l’Union syndicale des travailleurs kanak et des exploités (USTKE), la Confédération nationale des travailleurs du Pacifique (CNTP), le Front de luttes sociales (FLS). L’intégration des « mouvements et forces vives indépendantistes » au sein du FLNKS est à l’ordre du jour d’un congrès extraordinaire du Front, prévu le 17 septembre. Syndicalistes révolutionnaires, nous notons la participation de deux organisations syndicales (USTKE et CNTP) à ce processus anticolonial. Nous savons aussi les dangers d’une intégration des mouvements syndicaux, des mouvements sociaux, au sein de fronts destinés à diriger des pays ; l’émancipation sociale, l’autonomie et les intérêts de notre classe sociale sont trop souvent mis de côté. Mais il est évident qu’en Kanaky, le syndicalisme ne peut se contenter de défendre « la classe ouvrière », ce serait nier le fait colonial, gommer un pan complet de la population, oublier l’héritage anticolonial des syndicalistes et notamment de La Révolution prolétarienne. « Usines, tribus, même combat », « Union des travailleurs Kanak et des exploités » : c’est juste.
Christian Mahieux
1 www.solidaritekanaky.fr En sont membres : Mouvement des Jeunes Kanak en France, Union Syndicale des Travailleurs Kanak et des Exploités (en France), Union syndicale Solidaires, Confédération Nationale du Travail, Sindicatu di i Travagliadori Corsi, Ensemble !, Nouveau Parti Anticapitaliste, Parti des Indigènes de la République, Parti Communiste des Ouvriers de France, Union Communiste Libertaire, Ni guerre ni Etat de guerre, Association Survie, Fédération des Associations de Solidarité avec Tou-te-s les Immigré-e-s.
2 Extrait du bulletin n°14 du collectif Solidarité Kanaky, août 2022.



