éditorial du N°790 (septembre 2015):
Les rives de la mer Egée, berceau de la « civilisation européenne », ont constamment fait parler d’elles cet été, entre l’austérité imposée une fois de plus aux Grecs et l’image choc du corps du petit Aylan Kurdi qui semble réveiller bien tardivement quelques consciences. A moins que quelques larmes de crocodiles ne servent qu’à faire passer un épisode médiatique aux politiciens, confrontés à l’irruption d’un mouvement de l’opinion publique. L’Europe c’est aussi cela: celle des gens, leur capacité à s’outrager devant l’horreur et l’injustice, ici celle faite aux migrants.
L’Europe empêtrée dans la crise du capitalisme fut longtemps celle de guerres meurtrières à une échelle inégalée. Il y a tout juste un siècle, les militants qui animaient La Vie ouvrière et qui devaient fonder notre revue retrouvaient un peu d’espoir avec la conférence de Zimmerwald, premier jalon d’une renaissance de l’internationalisme. Plus l’adversité sera forte, plus la tentation du découragement sera grande, et plus s’avèrera nécessaire de retrouver une lueur d’espoir dans un effort collectif comme ce fut le cas en 1915.
L’Europe des capitalistes est une calamité, mais ne l’a-t-elle pas toujours été ? Faudrait-il y répondre par un retour des nationalismes, de leurs frontières et de leurs démagogies mortifères ? Un de nos contributeurs de ce numéro le dit: La question européenne, c’est la question de la révolution prolétarienne. Des naufrages d’aujourd’hui, essayons de tirer les bonnes leçons et de discerner les bons objectifs.
Stéphane JULIEN



