Le prochain numéro de la RP publiera un long extrait du livre d’Oskar Anweiler, *Les Soviets en Russie 1905-1921* consacré à « la fin du mouvement des conseils : l’insurrection de Cronstadt ».
Le rôle dirigeant du parti, tel était l’alpha et l’oméga du programme bolchevique. À partir du moment où la révolution de 1905 embrasa les masses, les bolcheviks se trouvèrent confrontés toujours davantage au problème de savoir comment concilier ce rôle dirigeant incontesté, qu’ils revendiquaient, avec le processus spontané du mouvement ouvrier. Numériquement, ils étaient en effet très faibles ; à Pétersbourg même, ils comptaient à peine un millier de militants ouvriers pendant la première moitié de l’année 1905. En outre, la plupart des comités du parti – « engourdis par la clandestinité », comme le notait Lénine en personne – étaient parfaitement incapables de toucher les catégories de travailleurs en train de s’éveiller à la vie politique. Lorsqu’au congrès bolchevique d’avril 1906 Lénine se prononça pour l’entrée d’ouvriers d’usine dans ces comités jusqu’alors aux mains des intellectuels, il se heurta à la résistance des révolutionnaires professionnels qui les peuplaient et qui soutenaient qu’il n’existait pas d’ouvriers aptes à en faire partie. Voilà qui n’allait pas sans dénoter déjà une tendance à la « bureaucratisation » du parti – problème que Lénine ne cessa de créer jusqu’à son dernier jour et dont l’apparition est imputable, en dernière analyse, à sa conception du parti d’élite autant qu’à sa méfiance envers la « spontanéité ».
Oskar Anweiler, Les Soviets en Russie 1905-1921, Agone, 2019.




