Trois questions au Syndicat des quartiers populaires de Marseille

Extrait de Solidaires N°96 (juin 2020)

Pourquoi avoir créé un syndicat des quartiers populaires de Marseille ?

Le SQPM est le successeur du CQPM (Collectif des Quartiers Populaires de Marseille), né de la vague de meurtres de jeunes liés aux affaires de trafics de stupéfiants pendant l’été 2013. Nous avons réactivé le collectif à partir de 2016 et lui avons donné une structure un peu plus « fermée » en termes d’organisation. Le CQPM reposait sur les assemblées populaires et la Démocratie directe. C’était passionnant mais, outre la difficulté des débats organisés dans les quartiers en « entrée libre » (entre 50 et 200 personnes à chaque fois), il y avait des problèmes de continuité, d’efficacité et des différences d’objectifs (trop grande hétérogénéité politique des participant·es…). Le SQPM est aujourd’hui moins ambitieux dans la forme, mais beaucoup plus efficace dans le fond.L’intérêt d’un syndicat, c’est de se concentrer sur des luttes, des engagements ou des objectifs thématiques bien précis. Dans les quartiers beaucoup de structures « spécialisées » existent pour fédérer les habitant·es autour des problèmes du logement, de l’emploi, de l’éducation, de la culture…

Nous ne nous substituons pas à ces acteurs, mais le SQPM n’ étant pas subventionné nous avons une liberté de parole et d’action qui permet de poser des rapports de forces inédits entre citoyen·nes/habitant·es et institutions.Nous sommes toujours là en soutien et nous laissons toujours les habitant·es des quartiers ou les collectifs qui font appel à nous, au-devant de la lutte. Chacune de ces luttes et de ces victoires s’inscrit dans un cadre, pour le coup poli-tique, beaucoup plus large ! Nous sommes là où on demande notre soutien. Ainsi nous nous retrouvons aux cotés des habitant·es de la Busserine pour des problèmes de rénovation urbaine, à Air Bel pour la problématique de l’eau et de la légionellose, à Plan d’Aou aux côtés de la famille d’un jeune homme assassiné, avec les salarié·es Mc Do depuis bientôt 3 ans… Mais s’il ne s’agit que de mon avis, le SQPM a vocation à faire ou à refaire le lien entre la « tradition politique ouvrière » et « la tradition poli-tique issue des luttes de l’immigration et des QP ». Il y a plusieurs syndiqué·es (SUD et CGT) chez nous et nous nous inspirons au maximum des méthodes de nos camarades pour apporter un encadrement structuré aux luttes des quartiers.

Quelle a été votre activité depuis le début de la crise du Covid 19 ?

Pour nous, il n’y a pas eu de confinement ! Après une semaine de crise sanitaire s’est ajoutée la crise économique et l’arrêt de tout un pan de l’économie structurelle des QP. Je parle de cette économie informelle qui conjugue une économie de la survie et une économie de la précarité ! Petits boulots (déclarés ou non), CDD, emplois précaires, Uber-économie, micro-entreprenariat, snacks et restauration de proximité… Tout ça s’est arrêté en mode ON/OFF. La fermeture des écoles et des cantines à lourdement impacté le budget de milliers de foyers déjà en difficulté ! Cette crise économique et sanitaire menaçait de se transformer en crise humanitaire. Nous avons donc décidé, avec les salarié·es en lutte du Mc DO St Barthélémy, de réquisitionner ce fast-food placé en redressement judiciaire. Nous avons fait appel à la solidarité pour les dons en nature et nous avons ouvert une cagnotte en ligne ! Il y a 2 phénomènes antagonistes qui nous ont surpris : la faillite par l’absence de prise en charge de l’état et des collectivités et l’immense élan de solidarité des particuliers et des associations (Emmaüs, Mamba, C5N, Vendredi 13…). Nous n’avons pu répondre à la demande affolante de colis alimentaires que par le biais de la solidarité ! Aucune aide institutionnelle ne nous est parvenue ! Au plus fort de la crise nous avons distribué jusqu’à 3500 colis par semaine, en respectant les gestes barrières et autres mesures sanitaire grâce à l’utilisation du Drive ! Concomitamment, le réfèrent santé du SQPM a pu ouvrir un centre de dépistage du COVID 19 dans un des quartiers du nord de Marseille. Avec son association SEPT (Santé et Environnement Pour tous) ils ont pu dépister des milliers de MarseillaisEs sans conditions d’accès et ils ont pu alerter sur la présence de nombreux « clusters » dans nos quartiers !A Air Bel la lutte continuait aussi et le collectif du quartier soutenu par le SQPM a obtenu une nouvelle victoire en renégociant dignement le for-fait compensatoire des charges de chauffage de l’hiver précèdent !Donc oui c’était chargé et nous n’avons pas chômé. Cette situation ne nous flatte ni ne nous réjouit. Nous sommes toutes et tous bénévoles et constatons que les attaques sur les services publics nous obligent à faire office de rustine ! C’est inacceptable !

Quels sont vos projets maintenant ?

Nous allons continuer la plateforme d’aide alimentaire jusqu’à épuisement des dons et de la cagnotte. Nous publierons ensuite l’intégralité des comptes et de façon factuelle, présenterons cette facture aux pouvoirs publics en demandant à ce que les sommes soient réinvesties dans l’aide aux familles et particulièrement dans la lutte contre le décrochage scolaire.Nous continuons toujours notre partenariat avec le Collectif Air Bel et les salarié·es Mc Do. Nous avons d’autres dossiers que nous devons réactiver dès que le confinement sera totalement levé. Nous suivons l’actualité et les mobilisations contre le racisme. Parmi nos membres nous avons plusieurs sociologues dont une a effectué un travail historique sur les crimes racistes de 73 à Marseille et nous allons faire quelque chose dans le sens de la mise en perspective historique du phénomène raciste. Nous savons aussi que les syndicats vont organiser un Forum Syndical Antiraciste et nous espérons y participer pour réaliser la jonction entre le syndicalisme du monde du travail et le syndicalisme de quartier… Mais il y a des milliers d’autres projets et comme toute organisation nous sommes obligés de prioriser faute de temps et de ressources.

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