L’ampleur et la durée du mouvement de grève contre la réforme des retraites ont rappelé la force du mouvement syndical, capable de mobiliser des millions de personnes en manifestations pendant plusieurs semaines et des grévistes en nombre dans beaucoup de secteurs. Le passage en force de la réforme ne signifie pas le début d’une période de résignation et de calme plat pour la contestation. Au contraire, nos organisations ont engrangé des dizaines de milliers d’adhésions en quelques semaines, et la cote de popularité des syndicats n’a jamais été aussi haute. C’est donc une véritable opportunité pour reconstruire un mouvement syndical capable d’emmener avec lui une majorité pour gagner de nouveau.
Mais saisir cette occasion demande de ne plus fermer les yeux sur les faiblesses du syndicalisme de luttes qui ont été encore mises en lumière par ce mouvement social : baisse continue du nombre d’adhérent·es, asséchement des réseaux interpro, équipes syndicales repliées sur les instances, réduction de l’ancrage réel dans le salariat, éloignement de l’outil syndical dans nombre de lieux de travail…
Renouveler le syndicalisme de lutte
C’est pourquoi, si nous voulons être à la hauteur de cette nouvelle ouverture des salarié·es vis-à-vis de l’action syndicale, nous devrons continuer de transformer nos organisations en profondeur. Il faudra adapter nos structures à la réalité du capitalisme d’aujourd’hui : cela passe par un renforcement prioritaire des structures interpro, par une action volontariste en direction et avec le salariat féminisé et issu de l’immigration, mais aussi par des revendications et des stratégies à la hauteur de l’urgence écologique, et par la question de l’unité syndicale. Nous devrons enfin aborder sans crainte de perte d’identité la question des alliances de notre syndicalisme avec le mouvement social agissant dans les domaines du féminisme, de l’écologie, de l’antiracisme, des luttes LGBT et queer, etc.
Il faut aussi réfléchir aux conditions d’un internationalisme syndical réel : partager nos expériences pour mobiliser au-delà des frontières, en Europe comme parmi les peuples du Sud, c’est s’entraider pour garder nos conquis sociaux, pour combattre les effets néfastes du capital sur nos droits et l’environnement, et c’est le seul moyen de gagner face à un capitalisme qui agit à l’échelle mondiale.
Sur tous ces sujets, nous pouvons agir à partir de nos propres organisations : il y a là beaucoup de facteurs internes sur lesquels nous avons prise, pourvu qu’il y en ait la volonté.
Un outil de débat pour les syndicalistes de terrain
Nous n’avons pas de réponses toutes faites à ces enjeux. Les affronter exige un espace de réflexion ouvert et intersyndical, où les militant·es puissent débattre sur les pratiques et stratégies mise en œuvre et sur celles à expérimenter, en s’appuyant aussi sur les réalisations d’autres modèles syndicaux partout dans le monde.
Cet espace n’a pas l’objectif de remplacer les débats dans nos organisations syndicales respectives, mais de les mutualiser afin de les renforcer. On y interviendra sans engager la parole de son organisation syndicale ni au nom d’une organisation politique.
Nous soutenons la création du site Syndicalistes ! qui a pour ambition d’être un tel outil d’information et de formation mutuelle, s’adressant largement aux équipes syndicales : « échanger pour agir, agir pour l’émancipation ». C’est ainsi que nous contribuerons à bâtir un syndicalisme fort, capable de gagner des grèves, de l’entreprise à l’échelle nationale… et au-delà.
(Plus d’infos sur le site https://www.syndicalistes.org)



