Note de lecture extraite de La RP n°822 (septembre 2023):
Postiers sans papiers. Récit d’une grève, Christian Schweyer, éd. Syllepse, 2023. 216 p.
Christian Schweyer, militant du Collectif des Travailleurs Sans Papiers de Vitry (CTSPV), nous livre un document précieux. Il ne s’agit pas seulement d’un journal de bord de la lutte des Travailleurs Sans Papiers de Chronopost en 2019, mais aussi d’analyses et de liens avec les actuels piquets de grève de RSI (Gennevilliers 92, suspendu au bout d’un an), DPD (Coudray Montceau 91, toujours d’actualité) et de nouveau CHRONOPOST (Alfortville 94 ; toujours d’actualité).
Ce piquet de grève, qui a commencé le 11 juin 2019 et qui a duré jusqu’au 16 janvier 2020, a débouché sur 73 régularisations. Cette lutte menée par les travailleurs sans papiers organisés au sein du CTSPV, avec le soutien quotidien du syndicat SUD PTT 94 et de l’UD SOLIDAIRES 94, a non seulement permis la régularisation des « 27 Chronos » mais aussi d’une partie des travailleurs sans papiers « 46 Hors-Chronos », exploités par d’autres négriers, et eux aussi présents et actifs. Cet ouvrage met en lumière une partie importante de la lutte pied à pied : les mobilisations collectives en direction des innombrables boîtes de sous-traitance : Derichebourg, Atalian, Samsic, RSI, Mission Intérim, Start people… qui, pour certaines, relèvent de la sous-traitance en cascade de la Poste, Chronopost, etc. Elles sont les outils du patronat pour précariser les prolétaires. Ces actions ont permis d’arracher des documents administratifs (CERFAS, certificats de concordance) que ces boîtes de sous-traitance rechignent souvent à donner quand il s’agit de demandes individuelles. Et pour cause, ces documents prouvent qu’elles exploitent des travailleurs sans papiers.
Sont aussi rappelées les convergences de luttes avec celles menées au sein des foyers. Convergences facilitées de fait : les camarades qui se battent contre les « patrons voyous » sont souvent ceux qui se battent pour être logés dans des conditions décentes…
Même s’il est une mine d’infos pour des historien.nes, ce livre n’a rien d’un document commémoratif, non seulement parce qu’il fait le lien avec les actuels piquets de grève (RSI/DPD/CHRONOPOST), mais aussi parce qu’il n’esquive pas les difficultés d’une telle lutte syndicale
Les tensions et contradictions internes et les doutes quand le conflit s’éternise. L’absence des courants prompts aux incantations mais si inexistants quand il faut être présent quotidiennement. Les attaques d’organisations plus soucieuses de leur « pré carré » que de l’intérêt de classe des travailleurs.
Il est un outil précieux pour des militant.es qui ancrent leurs pratiques dans un syndicalisme de terrain, sans renoncer à la radicalité des revendications et orientations nécessaires à porter. Il est également porteur d’espoirs et de perspectives pour un syndicalisme soucieux de (re)trouver toute sa place auprès des précaires les plus exploités.
P.B.




