La rigueur salariale du service public ferroviaire finance les entreprises privées

(Article paru dans La RP n°826 (septembre 2024)

Fin juillet, la direction SNCF a communiqué sur les résultats économiques du premier semestre 2024 de l’entreprise publique : 143 millions d’euros. Les patrons mettent en avant le caractère seulement « légèrement positif » du « bénéfice » pour annoncer, d’ores et déjà, des négociations salariales en octobre sous le sceau de la rigueur, accompagnant un nouveau plan d’économies de 300 millions au second semestre 2024. Plan d’économies, en langage patronal, ça veut dire suppression d’effectifs, détérioration des conditions de travail, augmentation de la productivité des salarié∙es et dégradation du service offert aux usagers et usagères.

Derrière ces annonces, se cache une arnaque. La comptabilité, les budgets, la présentation des résultats économiques ne sont pas des outils neutres. La direction s’en sert régulièrement pour présenter comme inéluctables ce qui n’est que choix politiques. C’est ainsi que de nouvelles normes comptables justifièrent en 2007 l’externalisation de la Caisse de prévoyance et de retraite de la SNCF, prélude à la disparation du régime de retraite spécifique des cheminots et cheminotes. Les exemples sont nombreux. Cette fois, c’est le « fonds de concours » qui permet l’entourloupe. Le fonds de concours est une taxe sur les bénéfices, que la SNCF est la seule entreprise ferroviaire à payer. Son montant est fixé par l’État et n’a cessé de croître. En 2022, la SNCF avait versé 394 millions ; en 2023, ce fut 1,1 milliard ; en 2024, c’est 1,71 milliard. Le secteur public finance ainsi les investissements sur le réseau ferroviaire dont les entreprises privées bénéficieront. Privatisation des profits et socialisation des pertes, on connaît ce principe de base du capitalisme !

Mais où est l’arnaque argumentaire vis-à-vis des salaires ? L’État se sert avant la publication des résultats de l’entreprise publique ; en réalité, le « bénéfice » est de 143 millions plus 1, 710 milliard, soit 1, 853 milliard. Le travail des cheminots et des cheminotes a dégagé près de deux milliards de « bénéfice » au premier semestre 2024 : c’est sûr que, dit ainsi, le caractère inéluctable de la rigueur salariale ne saute pas aux yeux !

L’ État prélève 92,28 % des « bénéfices » du service public ferroviaire, d’une part pour financer des travaux profitant à toutes les entreprises ferroviaires, d’autre part pour compresser toujours plus le corps social des cheminotes et cheminots de la SNCF.

Il s’agit ici d’illustrer l’hypocrisie des « négociations » salariales. Dans le public ou dans le privé, il n’y a pas de négociation à égalité entre employeurs et salarié∙es. Les premiers imposent le cadre ! Par ailleurs, des résultats économiques moins bons que ceux ici évoqués ne justifient nullement que les salaires ne soient pas augmentés, que les conditions de travail ne soient pas améliorées. Tout est question de rapports de force entre exploiteurs et exploité∙es, entre celles et ceux qui produisent les richesses et celles et ceux qui en profitent.

De ce point de vue, les fédérations syndicales de la SNCF (CGT, UNSA, SUD-Rail et CFDT) s’accordent sur des revendications prioritaires : un moratoire concernant la liquidation de Fret SNCF, l’augmentation immédiate du SMIC, des salaires et des pensions, l’abrogation des lois retraite et la fin de la concurrence dans le ferroviaire.

Christian Mahieux

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